Le CV anonyme n’est plus. Ce mardi, après avoir reçu un rapport sur la lutte contre les discriminations en entreprise, le ministre du Travail François Rebsamen a officiellement annoncé l’abrogation de cette mesure, adoptée en 2006 dans le cadre de la loi sur l’égalité des chances. Faute de décret d’application, le CV anonyme n’a jamais été en grande forme et sa mort, toujours un peu programmée. « Trop coûteux », « peu efficace » selon les représentants syndicaux, patronaux et associatifs à l’origine du rapport, il est également jugé « trop compliqué à mettre en œuvre dans les entreprises ».

Une décision qui révolte la Fondation nationale de la maison des potes (FNMDP), association anti-raciste. « La droite en rêvait, la gauche l’a fait », constate amèrement Samuel Thomas, vice-président, interrogé par metronews. Car la discrimination à l’embauche est encore et toujours une réalité. En 2013, selon une étude de l’Ifop, 4 chômeurs sur 10 affirmaient en avoir déjà été victimes à cause de leur apparence physique, de leur sexe, de leurs origines ou encore de leur lieu d’habitation. Près de 48% des habitants des quartiers sensibles estimaient également en avoir fait les frais. Alors, que proposer en lieu et place du CV anonyme ? Le groupe de travail s’est fendu de plusieurs préconisations.

Testing et class actions

Parmi elles, la « class-action » anti-discrimination. Une « action de groupe » qui permettrait aux victimes de se rassembler pour introduire une action en justice, sous la bannière d’associations ou de syndicats. Prévue également, la désignation dans les boîtes de plus de 300 salariés, d’un « référent égalité des chances ». Choisi par la direction et avec l’avis du comité d’entreprise, il ne sera pas, selon le rapport, un « salarié protégé ». Enfin, mesure-phare retenue par le gouvernement, le « testing » vise à déceler un cas de discrimination en envoyant deux CV équivalents pour une même offre d’emploi. Un « non-sens » selon Samuel Thomas : « Si le testing consiste à comparer des CV, c’est bien reconnaître que les noms inscrits dessus posent problème. De plus, cette méthode proposée par le groupe de travail serait d’ordre sociologique et ne citerait pas le nom des entreprises en faute. Or, le but est bien de pouvoir les traduire en justice. »

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La France néanmoins, n’est pas le seul pays à reculer sur le caractère obligatoire du CV anonyme. Aux Pays-Bas, en Suisse et en Suède, faute de résultats concluants, la mesure n’a pas été inscrite dans la loi. En Angleterre, là aussi, le gouvernement a préféré réaliser un testing de grande ampleur plutôt que de contraindre les entreprises à réviser leurs pratiques.